C’est la cavalcade.
Il me culbute, je le triture avec l’énergie d’une acuponctrice déchaînée, je cherche et fouille dans les replis de sa peau et de son corps les marques du plaisir non révélé, ce plaisir vierge et farouche, fugitif et sauvage. Je m’échine à sortir de lui des cris qui le surprennent, des râles qui l’impressionnent. Le faire sortir de lui-même, forcer l’aveu. Avec force et détermination, doigté fulgurant, langue aguerrie. Je m’efforce, volontaire dans ses poils et ses aisselles, ses orteils et sa nuque, son torse et son cou, son aine douce, sa colonne musclée, tout est prétexte à reconnaissance, tout est à la merci de ma violence. Une larme coule de son œil pressé d’émotions, il me regarde, semble mimer le secret de son silence : il ouvre grand sa bouche, sa langue tortueuse s’enfonce avec joie dans ma bouche, accueille tel un reptile frétillant devant sa proie, la salive qui coule abondante et sucrée de mes lèvres. Si léger, envahissant vent du désert, souffle de la nuit, respiration de l’aube, il parle, raconte, décrit, précis, narrateur de ma découverte.
C’est l’escalade.
Si ses jambes semblent encore insensibles, ses pieds remuent comme des poissons attirés par le remous, ils s’agrippent à mes jambes amaigries, semblent vouloir rester, s’incruster comme des morsures profondes longtemps après la blessure. Ma peau crisse sous l’assaut de ses pieds fermes, mes jambes remuent dans la chaleur qui s’étend. Il soulève ma jupe, rustre, d’un coup la dénoue, rapide, vif, colore de sa langue mon aréole gonflée. Debout, les cuisses enserrant son visage, je m’ouvre, poitrine chaude, curieuse, impatiente. Je bascule. Mon lit n’a jamais été aussi doux et dur, blanc et terni de vices qu’en ce moment précis où, sa verge n’y tenant plus, il l’engouffre, royal.
C’est la surprise.
Son sexe s’insère efficace dans mes chairs qui brûlent. C’est comme s’il me connaissait, c’est comme s’il savait déjà. Il vient, monte, grimpe, harmonieux, dans mon rythme, dans son rythme, il descend, souffle, soupire comme la brise rafraîchit le marin qui a peiné. Je tangue, gémis de son plaisir qui suit les vagues, nous emporte dans la mousse tendre des clapotis du large. Plus personne. Le silence de nos corps épousés, la fièvre de nos mains scellées.
C’est la balançoire.
Soudain la manne de mon plaisir craque sous la pression de son corps possessif. Il reprend sa quête, poursuit sans relâche mon plaisir, il veut m’avoir, unique, vraie, intime grâce à lui, dans le flot, impuissante à me dissimuler. Il ralentit les assauts de ses mains, de ses pieds, de sa langue, de sa queue, et, attentif, soudain, il écoute le son de mon chant, ressent mon cri. Ma faille s’ouvre à lui, lui seul, lui et moi, dans ce courant de sensations.
C’est l’essence.
L’essence de mon corps et du sien, l’essence de ma vie et de la sienne, nous savions, nous sentions cette osmose, cette évidence, cette fusion salvatrice. C’est bon d’avoir raison. Le ciel s’éclaire au loin, le soleil rase le toit comme l’on caresse la tête d’un enfant. Je lui chuchote que sa peau a des stries heureuses, comme une peinture sacrée d’indien téméraire. Notre plaisir vient de loin, c’est une trace ancienne d’amour séculaire, authentique. La terre nous relie, le ciel nous berce dans ce jour finissant, alangui sur l’horizon.
Quel miracle.
Les commentaires récents